Un projet « vertigineux » à la frontière des neurosciences psychiatriques : l’équipe du Dr Pierre Marquet décroche une subvention Fonds Nouvelles frontières en recherche

Un financement stratégique, une équipe interdisciplinaire et une relève déjà engagée : tous les ingrédients sont réunis pour transformer en profondeur l’approche clinique des troubles psychiatriques majeurs à CERVO. Le Dr Pierre Marquet, psychiatre-chercheur, vient d’obtenir une subvention du prestigieux programme Fonds Nouvelles frontières en recherche – Exploration (FNFR), un levier fédéral dédié aux projets à haut risque et à fort potentiel de transformation. D’un montant total de 250 000 dollars sur deux ans, cette subvention soutient un projet ambitieux visant à détecter les premiers signes biologiques de vulnérabilité aux troubles psychiatriques majeurs, bien avant l’apparition des symptômes.

Détecter l’invisible : un changement de paradigme

Le cœur du projet repose sur une technologie encore peu exploitée en psychiatrie : l’électrovestibulographie (EVestG). Mise au point et utilisée à l’Université du Manitoba par le Pr. Brian Lithgow pour la détection des maladies neurologiques, celle-ci permet de mesurer les signaux du système vestibulaire — ce réseau sensoriel logé dans l’oreille interne, essentiel à l’équilibre, mais aussi à la perception du corps et de l’environnement. L’ambition affichée est claire : ouvrir la voie pour aller d’une psychiatrie réactive vers une psychiatrie prédictive et préventive. Aujourd’hui, les troubles comme la schizophrénie, le trouble bipolaire ou la dépression majeure récidivante sont généralement diagnostiqués tardivement, lorsque les symptômes sont déjà installés et souvent sévères, malgré le fait qu’elles ont une composante neurodéveloppementale. Le projet du Dr Marquet vise à combler cette difficulté à travers l’identification des biomarqueurs neurodéveloppementaux chez des enfants à risque familial. Cette recherche repose sur une hypothèse innovante : les altérations du système vestibulaire et de l’intégration multisensorielle pourraient constituer un endophénotype développemental, c’est-à-dire une signature biologique du risque psychiatrique présente bien avant la survenue de la maladie et mesurable à l’aide d’un système d’électrophysiologie. Plus précisément, une électrode placée devant la membrane tympanique enregistre des réponses du système vestibulaire stimulé par des mouvements induits par un fauteuil mobile sur différents axes. Le système est maintenant bien fonctionnel dans le secteur S-2000 du centre de recherche.

Une recherche interdisciplinaire d’envergure

Au total, 120 participants, incluant des patients, leurs enfants âgés de 6 à 17 ans et des participants contrôles seront évalués à l’aide d’un protocole multimodal combinant mesures cliniques, comportementales et vestibulaires. Les retombées attendues dépassent largement le cadre académique. À court terme, le projet pourrait fournir des outils objectifs pour le dépistage précoce. À moyen terme, il ouvrirait la voie à une médecine personnalisée en santé mentale. Et à long terme, il pourrait contribuer à réduire la sévérité et les coûts sociétaux associés à ces troubles. Une relève prometteuse au cœur du dispositif Dans ce projet à fort potentiel, la formation de la relève occupe une place centrale. L’arrivée récente d’Olivier Buteau-Verret, MD, à la maîtrise, en co-supervision avec la professeure Andréanne Sharp, illustre cette volonté de bâtir une expertise durable. La professeure Sharp est à la fois audiologiste et spécialiste du système vestibulaire et elle possède le savoir-faire et les équipements nécessaires aux évaluations cliniques vestibulo-acoustiques complémentaires à l’EVestG. Médecin en formation et chercheur en devenir, Olivier Buteau-Verret incarne une nouvelle génération de cliniciens-chercheurs à l’interface de plusieurs disciplines. Son parcours atypique — passant par la traduction, les sciences du langage, l’ergothérapie, la pharmacie et la médecine — témoigne d’une approche résolument interdisciplinaire. Déjà actif en recherche en neurosciences, il s’est illustré dans plusieurs projets portant sur les troubles vestibulaires, les traumatismes crâniens et la neurotologie. Son projet de maîtrise s’inscrit directement dans la subvention obtenue, où il participera à des tâches clés allant du recrutement des participants, à l’acquisition et à l’analyse des données d’EVestG, ainsi qu’à la diffusion des résultats et au développement d’outils cliniques innovants. À terme, si nos hypothèses se confirment, ce programme de recherche pourrait bien marquer un tournant : celui où la psychiatrie cesse de courir derrière les symptômes pour enfin anticiper la maladie. Pour obtenir plus d’information sur le projet ou sur notre recrutement de participants, vous pouvez contacter [Olivier Buteau-Verret](mailto:olivier@jeparticipe.science) ou au 581-703-3838, option 3.